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Heuristique et Sémiologique

 

Production de la poésie

Filed under: Verbe,Webzette n° 2 — Author : — 4 Feb 2005 —

PRODUCTION DE LA POESIE

Au commencement était la Parole.

La naissance de la poésie se confond, sans doute, avec celle du langage articulé. Les progrès de la structuration sociale impliquaient une mémorisation des messages pour leur transmission et leur diffusion, or le rythme, la rime, la scansion sont en quelque sorte des moyens mnémotechniques qui facilitent l’apprentissage et la restitution. La tradition orale s’est ainsi transmise par une poésie soulignée de gestes puis de musique (à laquelle celle des mots n’était pas étrangère elle même s’appuyant sur des instruments du rythme et du mimétisme

sonore. Intercesseur, tout naturellement la poésie l’était, et naturellement religieuse. Son pouvoir était magique, objet rituel elle devint rite elle même et rythmait la vie sociale.

Puis vint l’Ecriture

D’abord hiéroglyphique ou pictographique elle assura la mémoire longue, mais élitaire, elle ne constituait à son origine que le fonds, la référence d’une communication essentiellement orale. Son inscription lapidaire et parfois monumentale a toutefois été la première manifestation imagée du langage (on peut penser que la recherche esthétique n’en était pas exclue ni l’aspect rituel).

Puis ce fut l’avènement de l’écriture phonétique, scription des sons, premier produit audiovisuel par sa traduction graphique, visible et lisible de la musique des mots et, par-delà, de leur sens. Dès lors la poésie “dite et écoutée” peut être “écrite et lue”. Aux contraintes orales (de la diction et de la déclamation) s’ajoutèrent les exigences de l’écrit (rigueur de la rime plus grande par exemple).

Ainsi l’écriture participa à la célébration du “Verbe” à son principe, à sa

prééminence. Les manuscrits s’enrichirent d’enluminures, de miniatures, de lettres historiées, de lettrines armoriées, d’une calligraphie “déclamatoire”. A travers l’écrit “imagé”, dessiné, orné c’était le mot qui était magnifié et au delà son objet religieux. La page manuscrite était comme un autel dressé à la gloire du “verbe” comme l’ostensoir d’une présence cachée et sa révélation, le “verbe se fait chair”.

L’imprimerie perpétuera ensuite cette “mise en scène” du texte jusqu’à expliquer, de nos jours, le perfectionnisme de la typographie dans les recueils de poésie les recherches de mise en page, les rigueurs de la composition. A la séduction des mots s’ajoute celle de leur monstration, de leur exposition.

Actualité de l’archaïsme

Dans son approche la plus intime comme dans la plus collective, la poésie requiert donc le rituel et la mise en scène. Du recueillement de la lecture silencieuse au spectacle de sa théâtralisation la poésie exige un “espace”. D’origine religieuse elle implique une disponibilité totale et c’est ainsi qu’elle doit “marquer son temps et son lieu” elle a besoin de signes déictiques, de “cadre”. C’est parce qu’elle est “un moment” privilégié qu’elle peut imprégner le temps, c’est parce qu’elle a un “lieu d’exposition” qu’elle peut imprégner l’espace. La poésie ne se dilue pas, elle rayonne. Sa “liturgie” l’identifie, la distingue, en concentre et condense le “merveilleux” sans l’enfermer, comme une lumière dans la flamme tout entière ramassée mais sans boisseau ni ombrage. Il y a ici, comme une invariance, au-delà des époques des techniques et des mythes, une nécessité archaïque, sans doute essentielle, pour la poésie de se « montrer », de se « produire ».

 

 

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Lyon - http://www.lepercolateur.info/ - Date d´édition: 2017-11-25 10:16:34 -

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