Le Percolateur

Webzette n° 1

 
 

Heuristique et Sémiologique

Webzette n° 1  (Janvier 2005 )

La percolation comme métaphore des lectures multiples et croisées.

Author : Gilbert — 20 Jan 2005

“Les abeilles pillottent deçà delà les fleurs, mais elles en font après le miel qui est tout leur ; ce n’est plus thym ni marjolaine : ainsi les pièces empruntées d’autrui il les transformera et confondra pour en faire un ouvrage tout sien, à savoir son jugement”.

Montaigne. Les Essais.

Lectures

Conceptogramme de la Trace à la Lettre

Author : admin — 16 Jan 2005

Grammatologie

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LA PAILLASSE DU LABO

Author : admin — 15 Jan 2005

Dans ce laboratoire de la physique du texte, de la chimie du sens, de l’alchimie de la poétique ; parmi les cornues , les éprouvettes, les microscopes, les becs Bunsen, les agitateurs, les pipettes, les cristallisoirs, les diapasons, les spectromètres, les prismes diffractifs, les cribles et les jeux de dés mallarméens, le percolateur et l’alambic partagent la même paillasse.Les deux machines intéressent le même domaine textuel celui des fluences, des fragments, de leur traitement et de leur transmission. Mais si le percolateur procède par adduction et transduction, l’alambic, lui, procède par abduction, là on mélange et ici on extrait. Le percolateur relève du réticulaire et l’alambic du linéaire.
L’alambic analyse, il produit(de façon asymptotique, bien sûr) l’essentiel, le pur. Il part du complexe et isole l’élément qu’il distingue par ses propriétés, il dé-compose pour atteindre les composants(analyse componentielle). Le percolateur incrémente par petits ajouts alors que l’alambic discrimine et sépare. Le percolateur marcotte, bouture ou greffe, l’alambic taille et élague.

Il ne faut pas se méprendre, mon propos semble opposer les deux machines avec une tendance à privilégier le percolateur. Il est vrai que les mots desservent l’alambic en lui assignant un rôle réducteur, simplificateur, mais c’est oublier son autre dimension celle de la profondeur, de l’acuité ; on diminue le champ mais on va plus loin. L’alambic est pointu, il affine, aiguise, par sélection et élimination latérale. Il focalise. Seul, il peut paraître étriqué dans sa spécialisation, sa crainte de l’encyclopédisme (parfois superficiel voire cuistre). La relation de l’alambic et du percolateur relève d’une dialectique orthogonale. Le percolateur a besoin parfois de faire la part des choses , d’isoler un texte de son contexte, de distinguer les malentendus, les interprétations erronées, les distorsions de la transmission, les altérations mnésiques, la perversion des mots, les rétentions de l’Histoire ; il doit détecter les influences, dénicher le subreptice et le subliminal. Dans tout percolateur il y a des micro-alambics comme il y a dans l’écriture le droit à la rature et à la relecture critique de la page précédente pour le lecteur.

Dans le bistro voisin, un client ajoute un peu d’alcool dans son café, il prétend que le parfum de l’un renforce le goût de l’autre : « Question de saveur ! »dit-il doctement. Complexité.

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L’INTERFERRANCE

Author : admin — 10 Jan 2005

L’INTERFERRANCE (Au risque de la découverte)

L’interférence
On appelle interférence, la rencontre (ainsi que son effet) de deux ou plusieurs phénomènes. L’interférence révèle d’abord une différence, une distance, un décalage que l’action sur l’un d’eux peut réduire, voire annuler, jusqu’à la coïncidence, l’unisson. Cette propriété est utilisée par la science et les techniques des phénomènes vibratoires : repérage, détection, identification, résonance. Du son à la lumière.
Il arrive souvent que l’interférence soit subie ou mal maîtrisée, soumise à l’aléatoire, elle est génératrice de bruit, de brouillage, de confusion, de perturbation (noise en anglais), et dans le domaine de la communication, de tohu-bohu, de dispute, de querelle (noise, en français), de «différend ». Du silence du battement nul de l’accord au vacarme de la discordance.
L’interférance
A l’instar de Jacques Derrida qui crée le concept de
« différance » à partir de celui de « différence », nous créons le mot « interférance », le « a » provenant
immédiatement du participe présent et nous rapprochant de l’action en cours (de l’interférer et de l’interférant) avant même qu’elle ait produit un effet interférent.
L’Errance
« Je chante la joie d’errer » (Apollinaire). Errer c’est aller çà et là, sans but précis (Larousse) ; L’errance c’est la flânerie, la déambulation, la promenade buissonnière, hors des sentiers battus, en ces lieux ou la rencontre est toujours fortuite.
Il faut distinguer l’errance de l’errement. Alors que celle là se caractérise par sa gratuité et sa liberté, celui-ci est mû par un comportement obsessionnel voire névrotique (dans un labyrinthe il faut absolument atteindre la sortie), l’errant en un parcours heurté, bute sans cesse dans les obstacles qui cachent son objectif. Une autre forme de l’errement est la dérive qui ne doit son apparence de liberté qu’à la perte du libre arbitre de l’errant; esquif démâté soumis aux vents et courants contraires, avec à l’horizon le naufrage. Égarement. Erreur.
L’interferrance
« Interferrance » est un mot-valise composé de : interférence, interférance, errance, conjugaison des mots et conjonction des sens. L’interferrance est une déambulation là où les mots, les choses, les idées peuvent, interférer, où l’on peut être l’acteur ou le témoin d’une rencontre, inopinée, d’une interférence.
L’interferrance échappe au projet, au plan, à la prescription, à la méthode, à l’organisation. Ce n’est pas la drague de l’orpailleur en quête de pépites. Ni obsession, ni obstination, ni ordonnance, mais surprise, coup de cœur, coup de foudre. Tout se passe COMME SI les objets (choses, mots, idées) émettaient une vibration spécifique qui ne se manifeste que sous le regard (les sens) de l’observant. Peut-on évoquer l’inspiration, l’intuition ? En tout cas ici pas de magie, pas de spiritualité exotique mais finesse et géométrie, disponibilité, ouverture d’esprit, curiosité en toute chose et imagination. L’interferrant se méfie des oeillères et des ornières, des barrières et des frontières. Pas de regard tendu mais une acuité mobile et une distance vis à vis de certaines cohérences, cohésions ou autres pertinences sous-tendues par des préjugés ou des logiques simplistes.
L’interferrant est à l’aise dans la complexité des choses, il perçoit naturellement la multiplicité des relations, des associations comme des antagonismes. Il est apte à saisir le latent sous le patent. L’interferrance est plus systémique que systématique et de toute façon elle est jubilatoire et créative.
L’interferrance n’a pas de territoire attitré avec cependant une prédilection pour les marges, les carrefours, les interstices, les traboules, le rhapsodique, l’ocellé, le bigarré, l’hétérogène, les plis et les replis, l’occurrence et la contingence. Le baladeur sait rompre les bâtons d’une conversation qui s’enlise, se dévoyer, se dérouter et ses yeux dessiller. Il accepte d’être accroché par un mot, une phrase, une image. Rêveur éveillé, l’interferrant est peut-être un poète en tout cas c’est un découvreur, un « inventeur de trésor ». Archimède puise son principe dans sa baignoire. Christophe cherche les Indes et découvre l’Amérique. Picasso disait : « Je ne cherche pas je trouve » et Jankélévitch évoquait « la fée occasion ». Quant à Joyce il se référait à l’Épiphanie, expérience intellectuelle et émotive de la découverte d’une autre réalité. En 1929 André Breton écrivait : « il s’agit de ne pas derrière soi, laisser s’embroussailler les chemins du désir. Rien n’en garde moins, dans l’art, dans la science que cette volonté d’applications, de butin, de récolte. Foin de toute captivité, fût-ce aux ordres de l’utilité universelle. Aujourd’hui encore je n’attends rien que de ma seule disponibilité, que de cette soif d’errer à la rencontre de tout ».

A la fortune du mot

Author : admin — 10 Jan 2005

Sur le bout de la langue...

Lorsque Richard Jorif invente le mot « burelain » pour en intituler l’un de ses livres, il « joue » sur le quatrième terme d’une proportion. Le rapport de « burelain » à « bureau » est égal à celui de « châtelain » à « château », dès lors il évoque autre chose que « employé de bureau » ou « bureaucrate ». On devine derrière le mot une manière d’être, un style de vie plus qu’un rôle, une fonction ou un pouvoir. Ainsi, on pourrait imaginer un « batelain » préférant le cabotage roturier dans l’archipel au cabotinage hauturier, ni amiral, ni skipper.
Les mots sont ainsi, qui se prêtent au jeu, au sens ludique et au sens mécanique, ici précision et tolérance, là règle et arbitraire. Il y a des mots que l’on calembourre du genou dans des mots-valises qui implosent de sens ou éclatent de rire. Il y a les mots que l’on flèche et décoche, que l’on croise, rébuse, charade. Il y a ceux, goûteux et gouleyants, dont on se gorge et d’autres que l’on ne pipe, et certains qui restent en travers du gosier. Et ceux gros et gras d’irrespect, d’impudeur, d’irrévérence et les demi-mots de la complicité, de la connivence et du consentement amoureux. Mots couverts du mot de passe et le mot d’ordre répèté mot à mot pour prouver qu’il n’est pas pour rire. Et ces mots de la langue du bois dont on fait les flûtes ensorceleuses, assénés dans des slogans pour masquer la vacuité du discours matraqueur de la propagande. Et ces mots liftés, relookés, revisités à la mode.
C’est en poésie que les mots prennent leur pied, qui par allitération, assonance jouent du rythme, de la rime, de la musique et du sens. On les murmure, les susurre. On les crie, les écrit. Mots de révolte parfois mais aussi mots d’amour, de tendresse. Coups de gueule mais aussi mots caresse. Quand la philosophie contemporaine s’interroge sur le différent, le différend, la diffèrance (Derrida) . elle puise dans la générosité de notre langue, dans son archéologie, dans les sous-tendus et les sous-entendus, dans la rencontre des mots des rencontres d’idées. Les mots deviennent les outils premiers de la réflexion et de la création. Parce qu’il substitue le tabulaire, son espace visible et lisible au linéaire temporel du « dit » fugitif, l’écrit est sans doute le lieu privilégié de cette interférence des mots, de leur composition et de la rencontre hyperbolique de leur sens. Le prisme de la lecture permet de saisir ces instants et ces espaces où les mots tels des photons se manifestent comme des figures d’interférence, visibles seulement dans leur frange brillante. La lecture, en tout cas la lecture ouverte, c’est peut-être ça une « interferrance ».

Voir “Percolexique n°3.

A propos du bref

Author : Gilbert — 4 Jan 2005

A PROPOS DU BREF.

Soyez court vous serez meilleur. « Trop long » écrit en rouge dans la marge de la copie de l’écolier, trop long le discours, la conférence, l’homélie, les bonnes histoires

( dont on sait que les plus courtes sont les meilleures), la démonstration que l’on alambique par défaut alors qu’un petit dessin vaut plus qu’un long discours……

On charge la longueur, le développé, de lourdeur et d’ennui…Et de parer le bref de toutes les qualités et de célébrer le court dans toute la diversité des disciplines dont il relève : histoire littéraire, histoire des idées, rhétorique, stylistique, poétique. Des fragments d’Héraclite aux aphorismes de Cioran, de l’épigramme à l’anecdote, de la sentence à l’apophtegme, du madrigal à l’impromptu, de la devise à la maxime, de l’adage à l’emblème, de la saillie au trait, du proverbe à la citation……

Désignons la forme brève des textes par le terme générique de « fragment » (ce qui est, avouons le, hors l’apparence, une approximation grossière ! ). Cette forme dite fragmentaire a été illustrée par maints auteurs : Pascal, La Bruyère, La Rochefoucauld, Chamfort, Voltaire, Nietzsche, Novalis, Valéry, Ponge, Blanchot, Butor, Baudrillard,….Et combien de poètes !!!Certains de ses détracteurs n’ont pas hésité à l’utiliser : La Bruyère, Mallarmé, Quignard,..D’autres en dénonçant sa légèreté, sa futilité, la condamne au salon, au boudoir ou au comptoir. Tout l’art du tissage se retrouve dans la passementerie, de la sculpture dans la ciselure.

Tentons une typologie (fragmentaire !) du fragment. Le «FRAGMENT-TRACE » : arrachement mnésique à l’Histoire enfouie, au Livre perdu, à la Lecture oubliée – surgissement du souvenir, éclat et brillance enchâssés dans les strates du Temps. Page extraite de ce grimoire plus chironné d’artisons que châtaignes en décembre. Une phrase proustienne surlignée. Tables Claudiennes ! Miroir polyédrique dans la bibliothèque. Découpe du projecteur ou du rétroviseur….. Le « FRAGMENT PRE-TEXTE » d’une œuvre promise, bribes du futur, chevêtre et moellons, notes et croquis, Ebauche du Livre à venir. Fagotage de Montaigne….. Le « FRAGMENT LITTERAIRE » n’est pas fragment par accident mais par essence et sous contrainte volontaire, il condense et concentre et son inachèvement renvoie à une intention, il sollicite le lecteur. Nietzsche voyait dans l’écriture fragmentaire une sorte de déclencheur, de catalyseur, d’autres ont évoqué la semence, le greffon proposé à l’ente.

L’écriture comme la lecture pratiquent le discontinu et procèdent par séquences, interruptions et fractionnements, celle-là au cours de sa proposition et celle-ci dans son appropriation et les deux en un processus de création finalement partagée. L’écriture et la lecture sont l’une et l’autre lacunaires et fragmentaires, en quête de complétude. C’est ainsi qu’une deuxième lecture coïncide rarement avec la première et que dans le cas de lectures multiples et croisées nous pouvons saisir (être saisis par) des concordances fugaces, inattendues, brefs laps d’illuminations heureuses comme de fugitives interférences lumineuses.

Mais notre temps a le culte du rendement. La langue se doit d’être efficace, à la mesure des outils, des supports de la communication et à l’aune de l’économie débridée. Il ne s’agit pas tant d’être court que d’être rapide, réduit et réducteur….et triste de surcroît. « Plaisir et Jouissance » du Texto-SMS ? Késako !!!!!

D’oc en oil, jouir de dire oui

Author : Gilbert — 4 Jan 2005

D’OC en OIL jouir d’ouïr et de dire « OUI ».

Nous désignons, en France, nos langues originelles par le vocable de l’affirmation : langue d’oïl, langue d’oc. Le Français actuel peut se considérer comme la langue du « OUI ». «Oui » de l’approbation, de l’adhésion, de la connivence, de l’engagement, du consentement… Il n’est pas de véritable négation, celle du refus, de la résistance, qui ne s’étaye logiquement du « oui » de profession et d’attestation.

La tonalité du « oui », bien sûr, n’embrasse pas toute la phonétique française mais il en identifie la musique, comme une clef. Sa demi-aspiration dans la phrase l’isole, le détache malgré sa forme vocalique qui le destinait à être absorbé par la liaison et l’élision consonantiques. Pourquoi ne pas attribuer au mot « oui » et à son expression une dimension symbolique globalisante, voire cosmique à l’instar de Mallarmé qui plaçait en abyme réciproque le jour et la nuit par l’opposition du « ou » sombre au « i » clair, dans la page fameuse de « Crise de vers » ? Pourquoi ne pas jouer de la mimographie et voir dans le « O » et le « I » les atomes graphiques (graphèmes) fondamentaux de l’écriture romane, le rond et la barre ; et le 0 et le 1 de la logique binaire (avec le u symbole opérateur de l’union). Remarquons l’homophonie : oui = ouï = entendu. Ainsi le « oui » par sa forme, sa musique, son enracinement étymologique, ses déclinaisons ludiques caractérise bien notre langue et peut la désigner, qu’elle soit maternelle, adoptée, officielle, seconde, de culture ou de plaisir. Son texte est ourdi par une longue Histoire et se trame de lustre et de préciosité, de rigueur et de précision, de finesse et de géométrie. Dans « L’écriture ou la vie » Jorge Semprun parle de la « concision chatoyante » et de la « sècheresse illuminée » du français.

. La langue du OUI comme fond et fonds de l’humanisme n’a pas à se défendre, elle doit séduire. La francophonie ne doit pas être vécue comme le repli frileux d’identités qui malmènent notre temps, ni comme le refuge nostalgique où s’archivent des valeurs anciennes, ni comme une forme occulte de l’impérialisme colonial, mais avec sa charge d’histoire et de culture, comme patrimoine partagé, comme réalité évolutive, dynamique avec ses réussites et ses échecs, ses perspectives, ses handicaps, ses ambitions, ses potentialités et comme entité transversale des systèmes politiques, économiques, idéologiques et religieux.

La langue française n’est pas (plus) propriété hexagonale. Dans le monde il y a des centaines de millions de francophones et d’étrangers qui adoptent le français comme deuxième langue, des milliers d’écrivains et de poètes qui l’enrichissent ; ils ont leurs mots à dire, écoutons-les. Le « oui » s’augmente à se partager, ce n’est pas là son moindre paradoxe. Dans « Le sentiment de la langue, ed. Champ Vallon » Richard Millet ne croit pas « à une pluralité de langues françaises mais à maints particularismes venant nourrir (parfois sauvagement et heureusement) un tronc commun, un fleuve dérobé aux sabirs et aux académiciens ».

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