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Heuristique et Sémiologique

 

A la fortune du mot

Filed under: Verbe,Webzette n° 1 — Author : — 10 Jan 2005 —

Sur le bout de la langue...

Lorsque Richard Jorif invente le mot « burelain » pour en intituler l’un de ses livres, il « joue » sur le quatrième terme d’une proportion. Le rapport de « burelain » à « bureau » est égal à celui de « châtelain » à « château », dès lors il évoque autre chose que « employé de bureau » ou « bureaucrate ». On devine derrière le mot une manière d’être, un style de vie plus qu’un rôle, une fonction ou un pouvoir. Ainsi, on pourrait imaginer un « batelain » préférant le cabotage roturier dans l’archipel au cabotinage hauturier, ni amiral, ni skipper.
Les mots sont ainsi, qui se prêtent au jeu, au sens ludique et au sens mécanique, ici précision et tolérance, là règle et arbitraire. Il y a des mots que l’on calembourre du genou dans des mots-valises qui implosent de sens ou éclatent de rire. Il y a les mots que l’on flèche et décoche, que l’on croise, rébuse, charade. Il y a ceux, goûteux et gouleyants, dont on se gorge et d’autres que l’on ne pipe, et certains qui restent en travers du gosier. Et ceux gros et gras d’irrespect, d’impudeur, d’irrévérence et les demi-mots de la complicité, de la connivence et du consentement amoureux. Mots couverts du mot de passe et le mot d’ordre répèté mot à mot pour prouver qu’il n’est pas pour rire. Et ces mots de la langue du bois dont on fait les flûtes ensorceleuses, assénés dans des slogans pour masquer la vacuité du discours matraqueur de la propagande. Et ces mots liftés, relookés, revisités à la mode.
C’est en poésie que les mots prennent leur pied, qui par allitération, assonance jouent du rythme, de la rime, de la musique et du sens. On les murmure, les susurre. On les crie, les écrit. Mots de révolte parfois mais aussi mots d’amour, de tendresse. Coups de gueule mais aussi mots caresse. Quand la philosophie contemporaine s’interroge sur le différent, le différend, la diffèrance (Derrida) . elle puise dans la générosité de notre langue, dans son archéologie, dans les sous-tendus et les sous-entendus, dans la rencontre des mots des rencontres d’idées. Les mots deviennent les outils premiers de la réflexion et de la création. Parce qu’il substitue le tabulaire, son espace visible et lisible au linéaire temporel du « dit » fugitif, l’écrit est sans doute le lieu privilégié de cette interférence des mots, de leur composition et de la rencontre hyperbolique de leur sens. Le prisme de la lecture permet de saisir ces instants et ces espaces où les mots tels des photons se manifestent comme des figures d’interférence, visibles seulement dans leur frange brillante. La lecture, en tout cas la lecture ouverte, c’est peut-être ça une « interferrance ».

Voir “Percolexique n°3.

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Lyon - http://www.lepercolateur.info/ - Date d´édition: 2017-11-25 10:27:58 -

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